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Liberté, égalité, mobilité ?
Les objets-liens : votre liberté ou votre prison ?
Comment diriger les masses par les objets-monstres ?

Avez-vous déjà entendu parler des objets-monstres ? Savez-vous qu’ils jouent un rôle clé dans la société humaine ? Savez-vous que nos dirigeants s’en servent pour influencer, voire contrôler la société ?

Quel rôle jouent-ils dans la société en général, et dans la politique en particulier ? Pouvons-nous apprendre à les débusquer, les analyser ? Faut-il s’en affranchir, ou au contraire apprendre les utiliser à bon escient ?

Ça va nous emmener dans des questions parfois un peu piquantes, comme vous allez voir.

Qu’appelle-t-on un objet-monstre ?

Mais commençons par le commencement : qu’appelle-t-on un objet-monstre ?

Il s’agit d’un objet qui nous menace collectivement.

Par objet, j’entends un être vivant ou une chose ou un phénomène qui représente un danger pour le collectif : la tribu, la nation, l’entreprise, le groupe, la famille, le clan, peu importe. Ensemble, cet objet-monstre nous menace. Ensemble, nous devons nous rallier pour le contrer, pour le neutraliser, voire l’annihiler.

Les objets-monstres de la nuit des temps jusqu’à nos jours

Par exemple, le lion représente un objet-monstre pour les troupeaux d’antilopes. Le loup, le grand méchant loup, dans l’imaginaire collectif de nombreuses sociétés humaines, représente également un objet-monstre.

Loup hurlant la nuit

Un incendie, une sécheresse, une épidémie ou des inondations constituent autant d’objets-monstres inscrits dans la mémoire collective, qui nous viennent de la nuit des temps, auxquels les humains, comme les autres animaux, ont dû se confronter.

À chaque fois, il faut s’unir, trouver des stratégies pour augmenter les chances de survie du groupe.

Chez l’humain, au cours de son évolution, les objets-monstres ont étendu leur champ vers des formes non plus exclusivement naturelles et matérielles, mais également culturelles, sociales, politiques, religieuses. Abstraites. Des objets-monstres installés dans notre façon de voir le monde et d’interagir avec lui. Par exemple les pandémies, les tremblements de terre, les catastrophes écologiques, une crise économique. Il ne s’agit pas littéralement de prédateurs prêts à nous fondre dessus, mais de représentations de dangers qui se construisent dans notre psyché collective. Les hashtags #jesuischarlie ou #metoo ou #blacklivesmatter nous donnent des exemples récents de ces objets-monstres abstraits et culturels. Les évoquer peut déclencher en nous des émotions bien précises : la peur, la colère, l’indignation, ça dépend de chaque personne.

Les exemples d’objets-monstres que je viens de vous donner vous semblent probablement évidents. Oui, une pandémie ou une idéologie raciste ou sexiste vous apparaissent certainement comme des objets-monstres contre lesquels il faut s’unir et s’organiser pour les combattre.

Réels ou inventés ?

Mais les objets-monstres représentent aussi un des plus vieux tours de passe-passe politiques que l’on connaisse.

Et qui semblent marcher toujours aussi bien.

Jugez-en : unir un peuple s’avère une tâche difficile, complexe, voire impossible, on le sait. Et justement, les objets-monstres offrent un moyen rapide et facile d’unir les gens, en les dressant contre quelque chose. Contre quoi, contre qui ? Contre une menace ou un ennemi commun.

Si cet ennemi ou cette menace n’existe pas, alors il faut l’inventer. Si cet ennemi ou cette menace existe déjà, mais de façon pas suffisamment évidente, alors il faut lui donner plus de consistance, renforcer sa présence dans nos représentations, le rendre vraiment dangereux. L’étranger, l’immigré… Le juif, le musulman ou le chrétien, l’infidèle. Le Noir, le Blanc. La femme, la sorcière, le barbare, le pays voisin, le communiste, le capitaliste, le patronat, le syndicat, la droite, la gauche, la maçonnerie, les homosexuels, le voisin, le peuple, l’antivax, le végane… Le terroriste.

Attack of the Crab Monsters

Pour arriver à monter les gens contre un objet-monstre, il faut lui donner corps, il en faire un objet vivant – d’où le terme d’objet-monstre – que vous pouvez voir, toucher, sentir, entendre, flairer, comme s’il se trouvait quelque part dans la pièce, juste à côté de vous, prêt à bondir.

L’objet-monstre, en politique, vous le voyez, a donc ce côté très pratique puisqu’il met les gens au pas presque immédiatement, alors même qu’ils peuvent vivre de profonds désaccords sur la plupart des domaines. On peut se déchirer les uns les autres, mettez un gros méchant objet-monstre au milieu du groupe, et tout à coup tout le monde va s’entendre pour le combattre.

L’objet-monstre nous rend semblables face à la menace. Tout le monde devient Charlie.

Il crée de la cohésion sociale. Il met les gens au pas de la réaction qui va dicter leur quotidien, accaparer leur psychisme, alimenter un nouveau narratif du monde.

En Occident, on a par exemple la haine du juif, un marqueur constant des deux mille dernières années en Europe, de l’empire romain à nos jours. Le juif, on l’a accusé de tout : de se livrer à des rituels sataniques, d’enlever les enfants, de voler les richesses des autres, et même de répandre des pandémies. Avec bien sûr le paroxysme de la Shoah dans les années 30 et 40.

Sous l’Inquisition, les femmes ont représenté un formidable objet-monstre sous forme de sorcières, qu’on a torturées et brûlées par dizaines de milliers.

Bûcher de la sorcière Anneken Hendriks
10 novembre 1571 : bûcher de la sorcière Anneken Hendricks accusée de sorcellerie

Plus récemment, après la chute de l’URSS et du mur de Berlin, l’Est comme l’Ouest ont chacun perdu leur objet-monstre respectif. Il fallait vite en retrouver un, d’objet-monstre, sinon comment maintenir une cohésion sociale ? Comment légitimer le rôle de l’État protecteur ?

Alors à votre avis, quel objet-monstre a pris la succession des dangereux espions ? Les terroristes, bien entendu. On peut voir le 11 septembre 2001 comme l’ouverture d’un nouvel échiquier géopolitique sur lequel on aurait remplacé les espions d’antan par les terroristes d’aujourd’hui. On a changé d’ennemi, mais cela a permis de préserver tout le techno-pouvoir qui existait auparavant.

Victory for terroristsIl offre beaucoup d’avantages, le terroriste. Comme l’espion, on peut le trouver partout : votre voisin, votre collègue, voire même votre enfant qui a peut-être décidé de se radicaliser. De plus, les contours qui le définissent restent parfaitement flous. Car n’allez surtout pas croire que le terroriste se limite à un islamiste radical prêt à se faire exploser dans la foule ou à décapiter quelqu’un. Beaucoup de gens, de médias et de politiciens qualifient de “terroristes” des personnes qui ont pour ambition, supposée ou avérée, de changer la société par des formes diverses de désobéissance civile qui ne font pas forcément couler le sang.

Savez-vous par exemple que les activistes pour les droits des animaux, aux États-Unis, tombent sous le coup de l’AETA, l’Animal Enterprise Terrorism Act ? Ceux qui auront forcé une porte ou une barrière pour aller filmer les horreurs infligées aux animaux dans les élevages intensifs, donc commis une dégradation même mineure, tombent sous le coup de cette loi. Ils deviennent des terroristes, des objets-monstres, au même titre que les poseurs de bombes. Bon, vous me direz qu’il s’agit des États-Unis, avec les excès qu’on leur connaît. Eh bien on ne fait pas vraiment mieux en France avec la création en 2019, par monsieur Castaner, de la Cellule Déméter. Cette cellule de gendarmerie avait officiellement pour but la prévention “des actions de nature idéologique, qu’il s’agisse de simples actions symboliques de dénigrement ou d’actions dures ayant des répercussions matérielles ou physiques”. “Avait”, car le tribunal administratif a jugé illégale cette structure qui met la gendarmerie au service d’intérêts privés et contre la liberté d’expression.

N’allez surtout pas croire que je minimise les horreurs commises par des fanatiques qui posent des bombes ou qui tirent dans la foule, au nom d’un idéal quelconque. Ces horreurs existent, il faut les combattre.

Mais vous commencez, je crois, à voir où je veux en venir : les objets-monstres qui peuplent notre imaginaire collectif dépendent totalement de nos perspectives.

Certains objets-monstres font un consensus très large : par exemple une pandémie, des catastrophes naturelles, des génocides… D’autres relèvent de pures constructions qui servent des ambitions politiques précises. Ils permettent d’unir rapidement et relativement facilement des foules “contre” quelque chose, par ce qu’on appelle la fabrique de l’ennemi.

Si l’autre représente le mal, alors nous représentons le bien.

Ça permet de s’autolégitimer par principe d’opposition. Et ça marche à presque tous les coups.

Les objets-monstres dans le paysage politique français

Alors maintenant qu’on a compris le principe général, je vous propose de nous intéresser de plus près au paysage politique et sociétal français de ces derniers mois et tel qu’il se présente début 2022 en période électorale.

Je vous ai évoqué le terrorisme, un objet-monstre international, universel, pratique. Il a quand même un inconvénient. Lorsqu’on ne se trouve pas en période de guerre ou d’attentats à proprement parler sur le territoire, les terroristes perdent leur utilité dans les discours sécuritaires. Ils n’occupent plus le devant de la scène, on ne peut pas incessamment brandir leur menace, même si certains politiques, auteurs ou journalistes s’y attellent.

L’immigré

Pas grave. Il existe un autre objet-monstre qui marche à tous les coups : l’immigré.

Lampedusa croule sous l'immigration - Dessin Chappatte
Dessin : Chappatte – https://www.chappatte.com/

Ah, l’immigré ! Alors que le terroriste, réel ou inventé dans l’imaginaire collectif, ne cherche qu’à détruire la société, l’immigré, lui, se glisse dans la société. Et, chose bien pratique, un terroriste se cache peut-être dans l’immigré ou le migrant. Là, vous avez le package complet.

L’immigré nous prend notre travail, il vit sur nos aides sociales, il ne parle pas notre langue, il n’a pas notre niveau d’éducation, il n’a pas nos mœurs, il impose sa culture pour corrompre la nôtre. Il vole, il viole et il tue. Il a le teint bronzé, voire très bronzé, il vient forcément d’Afrique ou du Moyen-Orient. Et bien sûr, puisqu’il ne vient jamais seul, il s’accapare des pans entiers de nos territoires. Si d’un coup de baguette magique il pouvait effectuer un grand remplacement de la société française par sa société, il le ferait sans hésiter.

Notez que j’ai utilisé le terme de “nous” – notre travail, notre société, etc. Sans préciser ce que ce “nous” représente. S’agit-il de celles et ceux qui ont la nationalité française ? De celles et ceux qui vivent sur le sol français depuis plusieurs générations ? Mais alors combien de générations font un ‘bon’ français, un “français de souche” ?

En fait, ce “nous” représente celles et ceux dans lesquels vous vous reconnaissez vous-même. Une masse humaine, plutôt informe et floue, dont vous vous faites une idée toute personnelle et unique. Ça vous vient probablement du milieu social dans lequel vous avez grandi, dans lequel vous évoluez, ça vient de l’école, des narratifs propagés par la littérature et les médias, etc.

Mais si on veut tomber d’accord, il faut bien trouver une façon d’universaliser le “nous”, pour en faire une matrice de référence de valeurs, qui convienne à tout le monde. On pourrait par exemple décider qu’il s’agit de celles et ceux qui ont adopté les valeurs de la République. Liberté, égalité, fraternité. Pas mal ça.

Mais dites-moi, combien de “français de souche”, présents sur le territoire depuis la nuit des temps, combien de gens qui ont la nationalité française, respectent vraiment les valeurs républicaines ? Faudrait-il alors faire une déchéance de nationalité envers tous ces français qui ne respectent pas la République ? Retirer la citoyenneté aux irresponsables ? Il me semble avoir entendu ça quelque part il n’y a pas longtemps…

Vous voyez, en politique, on retombe toujours au bout du compte sur une idée identitaire totalement subjective d’un “nous” comme point de référence. Ne pouvant que très difficilement se définir par lui-même, le “nous” se construira d’autant mieux dans un principe d’opposition à un “non-nous”. A un objet-monstre.

L’immigré et le migrant font parfaitement le job puisqu’il s’agit d’étrangers. Étrangers moins par la nationalité que par le fait qu’on les considère comme des non-nous. Une grande partie de la classe politique s’en sert donc comme objets-monstres. Elle fait tout pour en rationaliser la dangerosité à coup de statistiques plus ou moins fantaisistes qui résistent rarement aux travaux sérieux donnés par la recherche.

Alors attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne nie pas qu’il y a en France de réelles zones de non-droit, qu’il y a des espaces où les lois de la République ne s’appliquent plus. Je ne dis pas qu’il ne faut pas se questionner sur l’immigration. Mais stigmatiser l’immigré ou le migrant, en faire des objets-monstres systématiques, en faire la cause de tous les maux du pays, nous plonge de suite dans les schémas les plus nauséabonds de l’histoire. En France, le musulman semble en passe de remplacer le juif.

Allez, on continue notre petit tour d’horizon des objets-monstres en France.

Les antivax

Il y en a un de nouveau qui a fait une apparition éclatante : les antivax.

Antivax by Marian Kamensky
Dessin : Marian Kamensky

Là encore, je trouve intéressant de documenter les mécanismes de stigmatisation, de simplification et de polarisation. Attention, une fois encore, ce que je vais dire ici ne pose pas la question de savoir s’il faut se faire vacciner ou pas, pas plus que je ne vais aborder la question du pass vaccinal.

Par contre, le principe de création de l’objet-monstre, l’antivax, lui, m’intéresse.

Ça a commencé par un courant dominant qui a émergé de la part des pouvoirs publics : il faut opérer une vaccination massive de 100% de la population.

Évidemment, ça suscite des désaccords. Des gens qui ne souhaitent pas recevoir le vaccin contre le Covid, il y en a de toutes sortes :

  • Il y a une partie de la communauté scientifique, certes minoritaire, qui explique que la vaccination massive et systématique ne représente pas la bonne stratégie pour combattre l’épidémie. Ils proposent de vacciner les personnes à risque, et de donner des traitements préventifs précoces contre les symptômes pour les autres.
  • Il y a des gens qui ont peur du vaccin car il reste un produit expérimental.
  • Il y a des gens qui ont des motifs politiques ou spirituels quant au droit de disposer de leur corps. Ces mêmes arguments que brandissent d’ailleurs les femmes qui défendent le droit à l’avortement.
  • Il y a ceux qui n’ont plus confiance dans le gouvernement suite aux nombreux mensonges dont il a fait preuve. Également à cause de sa collusion avec les grandes entreprises, les lobbies, dont les Big Pharma à la fois juges et partie.
  • Et il y a aussi des conspirationnistes fantaisistes, etc.

Mais vous voyez, au lieu de s’intéresser à la diversité du paysage et des arguments de celles et ceux qui ne souhaitent pas recevoir le vaccin contre le Covid, on les déclare tous “antivax”. En bloc, là, comme ça.

Je rappelle quand même que le terme “antivax”, à l’origine, désigne les gens sceptiques envers les vaccins en général. Ça existait avant le Covid. Eh bien voilà, on met tout le monde dans le même panier. On stigmatise, on a fabriqué l’objet-monstre : les antivax, ces conspirationnistes arriérés, égoïstes et irresponsables, qui ne méritent plus le droit de citoyenneté et qu’il faut officiellement “emmerder”. Et comme d’habitude, les médias vont nous faire moult reportages sur les rares excités qui agressent des élus. Ça permet d’oublier la majorité de celles et ceux qui ont fait un choix basé sur une véritable réflexion, que l’on se sente d’accord ou pas avec eux.

Cela m’a frappé d’entendre de la part de personnes de mon entourage et de ma propre famille, des discours haineux, caricaturaux, stigmatisants, sans aucune nuance, fermés à toute discussion. Comme si on avait annihilé toute possibilité d’analyse, de recul, de remise en question de leurs certitudes.

Voilà comment se forme, en direct sous nos yeux, un nouvel objet-monstre, dont la fonction politique, je le répète, consiste à attirer à soi une grosse partie de la population par principe d’opposition, en faisant jouer les mécanismes de la peur. Faire exister un ennemi commun et le stigmatiser reste bien plus facile et bien plus efficace que de se plonger dans des débats de fond. Aujourd’hui on accuse les ‘antivax’ quand bien même il n’existent pas en tant qu’entité sociale homogène.

Macron à Marseille
Dessin : Dadou

Les islamo-gauchistes

Allez, on se regarde un autre objet-monstre que je trouve tout à fait délicieux. Une petite merveille qui a aussi envahi l’espace politique et médiatique, alors qu’il y avait des questions de fond beaucoup plus urgentes et importantes à traiter, comme le climat par exemple. Je vais vous parler des islamo-gauchistes.

Blanquer et Vidal sur l'islamo-gauchisme
Dessin : Nono

L’islamo-gauchisme a pris une consistance et une densité tellement fortes et soudaines qu’on peut lui attribuer sans ambiguïté le statut d’objet-monstre. Un objet-monstre sorti tout droit du chapeau magique de certains de nos illusionnistes politiques.

Disons-le une fois encore, l’islamo-gauchisme n’a aucune factualité sociologique, idéologique ou politique, comme le rappelle fort justement le communiqué du CNRS qui ne lui accorde, je cite, “aucune réalité scientifique”.

L’islamo-gauchisme se compose, lui, de deux autres objets-monstres qu’on a fusionnés : les gauchistes et les islamistes. Pas mal ! Les gauchistes représentent de dangereux farfelus utopiques d’extrême-gauche, un peu anars, et surtout qui ont soutenu les pires exactions du stalinisme. Les islamistes, eux, font partie d’une catégorie un peu plus consensuelle dans ses contours, bien que polémique elle aussi. Pour reprendre une définition trouvée dans wikipédia, il s’agit, je cite, “d’une idéologie manipulant l’Islam en vue d’un projet politique”. On associe à l’islamisme les formes de terrorisme les plus sanglantes de notre époque.

Donc vous imaginez la charge que porte le qualificatif d’islamo-gauchisme. Les universités et la recherche se voient remplies de gens d’ultra-gauche qui ont une affinité intellectuelle avec les sanguinaires poseurs de bombe islamistes.

Ça vole à peu près au même niveau que le complot judéo-maçonnique.

Mais ça marche.

Les catho-droitistes

Allez, on va alimenter la polémique. Je vais vous parler d’un autre objet-monstre : le catho-droitisme. Vous savez, ces gens qui manifestent contre l’IVG, contre certains films ou spectacles, contre le mariage pour tous, contre l’immigration, etc.

“Ces gens”. Et voilà, par l’action magique du verbe, je viens de donner vie à une nouvelle catégorie de personnes, les catho-droitistes. Peut-être une menace pour certains d’entre-vous ? A mon tour, je viens de faire une stigmatisation, j’ai sur-simplifié une réalité sociologique bien plus complexe. Et ça, on le fait tout le temps ! On le fait pour la droite, on le fait pour la gauche, les fachos et les gauchistes, les pro et les anti-nucléaires, les pro-vax et les antivax, les pro et les anti-avortement, les chrétiens et les musulmans, etc.

Les complotistes

Mais, vous l’avez bien vu, comme beaucoup de ces objets-monstres ont des caractères éphémères et bancals, il y a un objet-monstre de secours universel : le complotiste.

Près de 8 français sur 10 croient à la théorie du complot
Dessin : Ignace – https://www.dessignace.com/

Le mécanisme s’avère implacable. Dès lors que quelqu’un conteste ou questionne un narratif majoritaire ou une version officielle de la réalité, ça devient un complotiste, ou sa variante, un conspirationniste. Cette personne n’aurait-elle pas pourtant des arguments qu’il faudrait examiner, par simple esprit de rigueur, quitte à les réfuter s’ils ne tiennent pas la route ? Non, on s’en fiche, n’allons pas plus loin, qualifions cette personne de complotiste.

Dès qu’on fait ça, on débranche tout de suite tout esprit critique.

Le complotisme, par son côté protéiforme, me fait penser au diable, ce formidable objet-monstre religieux. Tout ce qui allait dans le sens contraire de l’ordre établi par Dieu sur Terre avait pour cause le diable, le malin. Aujourd’hui, avec le recul de l’emprise de la religion catholique sur les mœurs, les théories du complot ont pris le relais. En un sens, on pourrait dire que la théorie du complot représente une version laïque du diable.

Les objets-monstres symbiotiques

Je voudrais finir sur le fonctionnement spécifique de certains objets-monstres : les objets-monstres symbiotiques. Il s’agit de ceux qui ne peuvent exister que si leur opposé existe.

Ça se produit lorsque deux camps se considèrent mutuellement comme l’objet-monstre de l’autre. L’Est et l’Ouest durant la Guerre Froide, j’en ai parlé. La Droite et la Gauche. Les syndicats et le patronat. Israël et la Palestine. L’État et les terroristes. Les pro-nucléaires et les anti-nucléaires, les pro-vaccin et les antivax, etc.

Prenons le cas de la polarisation de la droite et de la gauche. Observez combien leurs représentants politiques passent une bonne partie de leur temps à dénigrer le camp adverse, à attaquer l’objet-monstre qu’ils ont en face. Ils dépensent une énergie considérable à construire leurs stratégies en fonction des mouvements du camp opposé, exactement comme dans un combat de boxe.

L’énergie de réaction prend ainsi le pas sur celle de la création. On a trop besoin de détruire l’ennemi pour penser à construire un monde nouveau.

Vous avez donc deux forces en opposition qui constituent, au bout du compte, un système extrêmement stable qui peut durer très, très longtemps. On le voit bien dans les pays dits “démocratiques”, enfermés dans l’ornière d’une droite et d’une gauche en guerre permanente. Cela en fait, au bout du compte, un système très stable, et pas très prompt aux changements et aux vraies réformes.

Aucune des parties ne peut vivre sans son objet-monstre d’en face. Et si l’une des deux parties s’effondre, alors le vainqueur se retrouve tout à coup orphelin. Tout ce qui constituait sa stratégie, ses actions quotidiennes, ses infrastructures, son organisation sociale, son économie, ses leaders, sa raison de vivre… tout ça ne sert plus à rien. Il faut vite retrouver un nouvel objet-monstre pour réactiver la dynamique d’opposition. Exactement ce que je mentionnais dans l’effondrement du bloc de l’Est, qu’on a remplacé par le terrorisme.

Voilà pourquoi on parle de polarisation symbiotique.

Tous les objets-monstres, bien sûr, ne relèvent pas d’une fabrication politique ou d’une peur irrationnelle. Certains objets-monstres surgissent d’eux-mêmes, comme le changement climatique ou le Covid.

Et parlons-en, justement, du changement climatique. Il a fallu beaucoup d’efforts pour en faire un vrai objet-monstre. Des efforts sans cesse répétés, avec, en définitive, peu de succès, alors qu’il représente la plus grande menace jamais rencontrée par l’humanité. Pourquoi ? Parce que, du fait de sa complexité et de son caractère abstrait, on a du mal à s’en faire une représentation simple qui active les mécanismes archaïques de la peur. Le changement climatique ne représente rien de concret. Il faudra des incendies, des sécheresses, des inondations, des famines, des migrations massives, des guerres, qui là, deviendront de vrais objets-monstres. Mais trop tard.

La pandémie de Covid, en revanche, n’a eu aucun problème à se construire en objet-monstre, même si le gouvernement français, au début, a fait la démonstration d’un remarquable déni et d’une absence totale de préparation. Voilà un objet-monstre sauvage qui s’invite dans le paysage des objets-monstres domestiques, bien maîtrisés par les discours sécuritaires et identitaires.

Je trouve intéressant d’observer comment le pouvoir doit à la fois faire face aux dangers immédiats et réels de la pandémie, et comment il rebondit sur l’occasion pour continuer à déployer sa technostructure de surveillance. On n’a plus besoin des terroristes pour l’instant. Bien sûr qu’elle sert la cause de la santé publique cette techno-surveillance, qui pourra vous dire le contraire ? Mais croyez-vous une seconde que les technologies implémentées vont ensuite disparaître une fois la pandémie passée ? D’une part, d’autres pandémies nous guettent, il faudra donc bien réactiver les outils de techno-surveillance. D’autre part, gageons que de nouveaux objets-monstres apparaîtront pour en légitimer l’usage dans d’autres contextes.

Le choix des objets-monstres

Il reste maintenant à nous questionner sur les mécanismes qui font que certains objets-monstres apparaissent sur la scène sociale et politique plutôt que d’autres.

Monstre sympathique

Pour ça, je vous propose de nous plonger dans les statistiques des causes de mortalité dans le monde. Je vais me baser sur les derniers chiffres dont nous disposons, ceux de 2017, sachant qu’il faut en général pas mal de temps pour agréger des données aussi complexes et disparates, raison pour lesquelles on n’a pas celles de 2021. Bien sûr, certains chiffres peuvent varier d’une année à l’autre, car il suffit d’une guerre, d’une grosse catastrophe naturelle ou d’une pandémie pour les altérer. Mais contrairement à ce qu’on peut croire, à moins d’une guerre mondiale ou d’une pandémie de type Ebola, ces chiffres évoluent plutôt lentement dans le temps.

Alors, je vous pose la question : que mettriez-vous comme cause #1 des décès dans le monde ? Les guerres ? Les accidents ? La criminalité ? Bien sûr que non, vous le savez. Les maladies cardiovasculaires. A elles seules, elles représentent 31,8% des décès dans le monde, près d’un décès sur trois. Un peu moins en France avec 26,9% des décès.

La cause numéro 2 ? Les guerres ? Les accidents ? La criminalité ? Non. Les cancers, avec 17,8% dans le monde, et 31,5% en France, ce qui en fait la cause de mortalité #1 dans notre pays. Près d’une personne sur trois meurt d’un cancer en France.

S’en suivent les maladies respiratoires : 7%. Les infections aiguës des voies respiratoires inférieures : 4,6%. Et ainsi de suite.

Alors, combien de morts ont lieu à cause des guerres et des conflits ? 0,21% selon les données de 2016. Ça n’a pas beaucoup varié depuis.

Combien de morts viennent de la criminalité et de la délinquance ? 0,72% dans le monde. Moins en France, avec 0,5%. Ça fait toujours trop, bien sûr, mais ça se trouve, une fois encore, en bas de la liste.

Bon, et le terrorisme alors ? Cet énorme objet-monstre ? Il arrive en bas de liste, avec 0,05% de la mortalité dans le monde. Et seulement 2% de ces 0,05% ont lieu en Europe, en Amérique et en Océanie réunis. 95% des décès par terrorisme ont lieu au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du sud. Ça en fait donc un pourcentage tellement infime en France qu’on ne peut pas les compter dans les statistiques. Pourtant on n’arrête pas de nous en parler.

Par contre, les suicides causent 1,42% des morts dans le monde, soit plus que les homicides, les guerres et le terrorisme réunis.

Share of Death by Cause - Our World in DataComme le mentionne Harari dans son dialogue TED, “statistiquement vous êtes votre propre pire ennemi. Au bout du compte, sur tous les habitants de la planète, vous êtes celui qui a le plus de chances de se faire tuer par lui-même”. Il se réfère bien sûr à nos mauvaises habitudes alimentaires, à nos addictions, voire à notre éventuel suicide.

Les 10 premières causes de mortalité dans le monde viennent des maladies, pour la plupart des conséquences de la malbouffe, du sel, du sucre, du gras, de l’alcool, du tabac, de la pauvreté, de la pollution, du mal-vivre. Et pourtant, aucun de ces fléaux que je viens de citer n’existe comme véritable objet-monstre dans nos imaginaires collectifs.

Les objets-monstres qui peuplent le paysage politique et médiatique en France et dans de nombreux autres pays, restent l’immigration, le terrorisme, la délinquance… alors qu’ils apparaissent comme ultra-minoritaires dans la réalité des statistiques mondiales et nationales, peu importe qu’on compte les morts ou les blessés.

Les statistiques nous montrent donc sans détour que la majeure partie des objets-monstres qui peuplent notre imaginaire collectif relèvent de purs fantasmes et de pures fabrications politiques et médiatiques. Les vrais objets-monstres, ceux qui causent des morts massives et des dégâts considérables, n’occupent qu’une place secondaire dans le débat politique.

Je vous invite donc à faire une lecture approfondie des objets-monstres mis en avant par les candidats aux présidentielles de 2022. Lesquels, parmi les candidats, vous présentent des objets-monstres en rapport réel avec les statistiques ? Lesquels vous présentent des objets-monstres fabriqués pour vous faire peur ? Je vous laisse chercher par vous-même.

Questions et réponses

Alors, résumons tout ça par quelques questions-réponses.

La première question, et la plus évidente :

Peut-on s’affranchir des objets-monstres ? Le faut-il ?

Les objets-monstres activent des peurs et des émotions négatives de polarisation. La plupart du temps, ils désactivent notre rationalité. Les dangers et les menaces existent dans la vie, bien sûr, mais nous pouvons arriver, autant que possible, à rester objectifs et garder la tête froide. A les traiter techniquement. Plus facile à dire qu’à faire, évidemment, ce qui fait que de nombreux dangers deviennent des objets-monstres.

Donc la première façon de s’extraire du piège des objets-monstres consiste déjà à se rendre compte qu’ils existent. Observez-les autour de vous, dans le champ social. Débusquez ceux fabriqués par les politiques, les médias, les réseaux sociaux, ainsi vous aurez moins de chances de tomber dans leurs pièges.

Observez-les en vous, aussi, les objets-monstres. Car vous aussi, comme les autres, vous en avez, et vous contribuez certainement à leur diffusion.

Pourquoi l’immigré fait-il plus peur que le sucre ou le réchauffement climatique ?
Pourquoi les complotistes accaparent-ils plus l’espace médiatique que la malbouffe ?
Pourquoi le terrorisme occupe-t-il plus de place dans la presse et la politique que le cancer et les raisons qui le provoquent ?

Ne se sent-on pas mieux, plus assurés, quand la faute et les dangers incombent à l’autre ? Au terroriste, à l’immigré, au végane, au complotiste, à l’islamo-gauchiste, à l’antivax ? On l’a vu : en portant la faute sur eux, on se rassure dans un “nous” qui se pose comme référentiel normatif du bien, par opposition à un “non-nous” qui représente le mal.

Comment se prémunir des tours de passe-passe des grands illusionnistes politiques qui fabriquent des objets-monstres pour servir leurs ambitions ?

Une fois qu’on a compris le truc, les objets-monstres des illusionnistes politiques ont un côté la plupart du temps grotesque et improvisé, facile à déconstruire.

Prenons les candidats à la présidentielle de 2022, ou ceux de n’importe quelle autre élection. Lesquels brandissent des objets-monstres de type “immigré”, “insécurité”, “délinquance”, “invasion”, “grand remplacement” ? Lesquels évoquent des dangers conformes aux statistiques et à l’observation scientifique ? Lesquels s’arrêtent à un discours du type “lutter contre” ? Lesquels, au-delà des dangers, vont plus loin en proposant un projet de société ? Une société construite sur ce qu’on désire, et non pas sur ce ou ceux dont on ne veut plus ? N’oublions pas un fait essentiel : dire ce dont on ne veut pas ne dit en rien ce qu’on veut.

Pourquoi utilisons-nous des objets-monstres aussi simplistes, aussi caricaturaux et déconnectés de la réalité complexe, constituée, elle, d’un maillage de dangers et d’opportunités ?

Nos mécanismes psychiques archaïques ont une tendance naturelle à simplifier les choses, à lisser la complexité du monde. Cela a probablement représenté un avantage évolutionnaire il y a longtemps. En effet, un cri ou un mot unique pour désigner un danger permet à tout le collectif d’en prendre conscience rapidement. Attention au loup ! On n’a pas le temps pour les nuances, on met tout dans le même sac. Mais aujourd’hui, il nous faut adapter notre appareil psychique aux exigences de notre époque : savoir nuancer, comprendre que tout se joue dans la multidimensionnalité et la complexité. Cette libération de l’intellect ne peut se faire que par une libération des mécanismes intérieurs de la peur. Donc par du développement personnel, ainsi que par des outils de lecture du monde, comme j’essaie d’en partager ici.

Justement, pourquoi les objets-monstres se manifestent-ils en dehors de toute rationalité ?

On a en effet plus souvent peur de choses qui ont peu de chances de nous arriver que de choses qui ont statistiquement beaucoup plus de chances de nous arriver.

Par exemple, on peut entendre dans les médias qu’un tueur en série sévit quelque part, et beaucoup de gens n’osent plus sortir, alors que statistiquement ils ont beaucoup plus de chances d’avoir un accident domestique à la maison, chez eux.

Idem pour le terrorisme. Les images effroyables qu’il soulève font que dans des grandes villes, les gens ont plus peur de mourir d’une bombe que de se faire faucher par une voiture ou de finir sur un lit d’hôpital à cause de leur propre malbouffe.

Tout ça parce que la peur fait appel à des mécanismes psychiques pré-rationnels, antérieurs à la raison. La peur n’a rien de rationnel, on le sait bien.

Et quiconque active en vous des émotions négatives – peur, anxiété, colère, agressivité, vision noire du monde – vous contrôle.

Beaucoup de politiques le savent bien, ils en usent et en abusent. Idem pour les médias qui, par leur approche anxiogène de la réalité, vous tiennent par ces mêmes émotions.

Il n’y a, à ma connaissance, que votre propre développement personnel, je vous le disais, qui vous fera comprendre les ressorts qui activent ces émotions négatives en vous. Pouvez-vous dresser une liste des objets-monstres qui peuplent votre réalité ? Quelles peurs intimes, quelles angoisses ou colères viennent-ils activer en vous ? Quelles représentations déclenchent-ils dans votre imaginaire ? Quelles situations effroyables y associez-vous ? Oui, cette introspection demande du temps et des efforts.

Pourquoi les objets-monstres évoluent-ils aussi souvent en polarisation symbiotique de deux camps, chacun devenant l’objet-monstre de l’autre ? Les pour et les contre, les pro et les anti…

Prenez la question du nucléaire, il y a des tas de façons de l’aborder : des grandes centrales de type EPR ? Des petites, de type SMR ? Avec quel type de matière fissile ? De l’uranium ? Du thorium ? Peut-on assurer une vraie sécurité des infrastructures ? Quid des chaînes d’approvisionnement ? Du traitement des déchets ? Quels enjeux géopolitiques se jouent derrière ? Ces questions incroyablement complexes peuvent-elles se réduire à du pour ou contre le nucléaire ? Bien sûr que non. Les voies possibles se trouvent la plupart du temps en dehors du petit territoire mental imposé par les polarités.

Idem pour la droite et la gauche. Ça ne veut plus rien dire. Plus rien. Il y a des antimondialistes, des mondialistes, des altermondialistes, des souverainistes, des nationalistes. Il y a des libéraux, des populistes, des protectionnistes, des anarchistes, des progressistes, des conservateurs, des pour ou contre la peine de mort, des croyants et des athées. Il y a ceux qui veulent plus d’État, d’autres qui en veulent moins. Si on classait les gens sur toutes les échelles qui définissent une vision politique, on aurait un nuage complexe, avec certes des points de densité, des tendances, mais certainement pas une droite et une gauche, ni même un centre.

Il y a un phénomène qu’on appelle la schismogenèse. Ce concept nous vient de Gregory Bateson, anthropologue, épistémologue et psychologue américain du milieu du 20ème siècle. Comme le laisse suggérer l’étymologie du mot schismogenèse – schisme + genèse – il s’agit d’un mécanisme qui produit un schisme, une séparation, entre deux personnes ou deux groupes de personnes. Souvent, il se construit sous forme de cercle vicieux, ce que Bateson appelle la schismogenèse symétrique. On la voit, par exemple, dans la course à l’armement. L’autre représente un danger, je m’arme, il fait exactement la même chose, alors je m’arme un peu plus, et ainsi de suite. Chaque petite itération augmente le schisme de façon quasi exponentielle.

Prenez maintenant une situation dans votre quotidien. Un groupe de personnes commence à vous mettre dans une case, à vous stigmatiser, à réduire votre pensée à quelques stéréotypes, à vous coller des étiquettes. Vous avez de fortes chances de vous mettre à faire exactement la même chose avec ceux qui vous font ça. Par exemple, vous défendez le droit de disposer de votre corps et vous souhaitez ne pas vous faire vacciner contre le Covid. On va vous taxer d’antivax, de complotiste, d’irresponsable, alors que votre choix n’a probablement rien à voir avec ces qualificatifs. A votre tour, vous risquez de facilement tomber dans le piège de qualifier ceux qui vous attaquent de réactionnaires, de suiveurs, de fascistes, etc. On a là un parfait exemple de schismogenèse symétrique, où chaque comportement d’un camp provoque le même comportement du camp d’en face, et ainsi de suite. Le paysage multidimensionnel se simplifie rapidement, se regroupe en deux camps opposés : on appelle ça des “symbioses polarisées”, produites justement par des objets-monstres symbiotiques, qui existent grâce à leur opposé.

Pour conclure…

Voilà, nous venons de faire un tour approfondi des objets-monstres, comment ils fonctionnent en général, et comment on peut apprendre à les repérer dans le paysage médiatique et politique actuel.

Masques de clowns effrayants

J’adorerais un jour qu’un historien ou une historienne écrive un livre qui passerait en revue tous les objets-monstres qui, au cours des âges, ont servi qui ont mobilisé des sociétés entières, par le seul principe d’opposition face à un ennemi commun.

Nous allons voir que les objets-monstres font partie d’un ensemble encore plus grand d’objets, qu’on appelle les objets-liens.

Dans une prochaine vidéo, je vous expliquerai les objets-liens en général, et le rôle essentiel qu’ils jouent en intelligence collective, car il n’y a pas que les objets-monstres. Cela vous donnera, je l’espère, de puissants outils pour mieux analyser et comprendre la dynamique politique et sociale de notre pays, ainsi que l’échiquier géopolitique international. Et plus encore, cela vous donnera des clés stratégiques pour imaginer des collectifs plus intelligents que ceux qui existent actuellement, qu’il s’agisse de nations, d’entreprises, d’ONG ou de mouvements citoyens.

Vous l’avez vu, la guerre commence par les mots, car les mots peuvent fabriquer des monstres. Mais les mots peuvent aussi nous servir à cartographier la réalité, et ainsi l’améliorer. A faire de l’ingénierie sociale intelligente.

Je vous invite à vous abonner à ma chaîne si ces sujets vous intéressent, et à partager vos avis, vos expériences et vos questions dans les commentaires. S’il vous plaît, évitez les clichés du genre “la nature humaine fera toujours comme ci ou comme ça”, ou “il y aura toujours des politiciens véreux pour… etc, etc”. Allez plus loin, cherchez les causes systémiques. Offrez-vous à vous-même et aux autres des questions ouvertes et bienveillantes.

A vous de jouer !

jf

There are 2 comments on this post
  1. Reno
    février 13, 2022, 12:56

    Merci 🙂
    Ici à forcalquier on organise le café des libertés, qui se sert aussi d’objets monstres pour créer des synergies 🙂 mais aussi d’objets lien pour vivre un futé lumineux (big up à Philippe guillemant qui est presque tout le temps avec nous) ! La june, les concerts, des ateliers. merci pour cette prise de conscience. Avec un ami facilitateur, on commence à animer/faciliter des agora des libertés et j’ai très envie que le prochain atelier ait pour thème les objets monstres, et qu on réalise ensemble une fresque collective des objets monstres que nous alimentons quelques soit notre place dans leurs synergies. Jean francois, si tu veux te joindre à nous pour offrir ta notoriété a cet événement en nourrissant cet objet lien tu es plus que bienvenu! A bientôt ici ou là 😉

    • février 13, 2022, 4:02

      Merci à toi pour ton retour. Contacte-moi par MP pour qu’on organise quelque chose. A bientôt !

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