Six accords pour inviter la sagesse
Les 6 accords ont pour objectif d’inviter la sagesse lors de nos dialogues et conversations. Pour moi, la sagesse relève avant tout d’un état de conscience, ce moment et cet espace où une lucidité tranquille s’installe, où je perçois la complexité du réel sans m’y perdre, où chaque pensée, chaque choix, chaque souffle s’ancre dans une écoute profonde de ce qui œuvre au-delà de mes désirs, de mes croyances et de mes perceptions immédiates.
Comme tout jeu ou sport, j’ai pu constater combien il me fallait pratiquer avant d’en maîtriser la technique et d’apprécier le potentiel. Aujourd’hui de nombreux groupes dans le monde se servent des six accords durant leurs interactions lorsqu’ils veulent aboutir à une gouvernance mue par la sagesse.
1. Je prends une profonde respiration avant de parler
Je ne prononce pas un mot avant d’avoir opéré une longue et profonde respiration. Elle me permet de lâcher prise sur le besoin pressant de contrôler la conversation, laissant place à ce qui veut émerger du centre. Ce faisant, je m’offre du temps et de l’espace pour contempler le moment présent et ce qui se vit à l’intérieur de moi. Je m’ouvre à ce que l’autre vient de dire, en profondeur, même si je me sens en profond désaccord. Je peux même “respirer” les paroles de l’autre à l’intérieur de soi, installant une paix en moi détachée des enjeux qui m’agitent, ou que je perçois dans le groupe. Ce faisant, je passe de la réaction (répondre, réagir…) à la création, car des possibilités insoupçonnées s’offrent alors à mon esprit. J’ai remarqué que chaque fois que je parle après quelqu’un sans me laisser d’espace pour respirer, mon “petit moi” et mon pilote automatique, reprennent le contrôle.
2. J’écoute le centre
Écouter le centre implique de m’ouvrir à ce qui émerge du collectif, peu importe sa taille et sa configuration. J’écoute la voix du groupe, je lui prête mon oreille. Cette forme particulière d’attention me connecte aux autres et me procure un sens d’unité.
3. Je parle au centre
Je m’adresse au centre plutôt qu’à telle ou telle personne du groupe. Ainsi je ne m’enferme pas dans un huis clos au milieu d’un processus collectif. Bien que parler et écouter le centre puisse me paraître un peu artificiel au début, j’ai ou observer combien cela contribue à l’émergence d’un “nous” et permet au groupe d’évoluer vers une expérience transpersonnelle.
4. Je ne prends pas la parole, j’attends qu’on me l’offre
La rareté (apparente) que je perçois du temps, dans sa forme quantitative, doit m’inciter à utiliser cette richesse en conscience, et à bien la partager. Dans des conversations où chacun s’interrompt et se répond sans laisser de répit, je vois les humains se jeter sur le temps comme des affamés — le plus fort, le plus agile, le plus rapide, le plus malin obtient souvent la plus belle part. Le fait d’attendre que l’on m’offre la parole contribue à l’émergence de l’économie du don, exactement comme lorsqu’un groupe d’amis s’assoit autour d’une table et partage les mets, avec convivialité et bienveillance.
5. Je parle de mon expérience personnelle
Partager mon expérience personnelle m’invite au courage, à la vulnérabilité, à la confiance et à la compassion. Quand je parle théoriquement, je me sépare de ma propre expérience originelle et j’impose aux autres une “théorie du monde”. Ce faisant, j’installe une barrière entre autrui et moi. J’observe donc, autant que possible, si une généralité que je vais énoncer ne cache pas une histoire personnelle, beaucoup plus riche. De mon point de vue, les histoires transportent des émotions, des expériences de vie sur de nombreux niveaux, des cosmologies, des vibrations — un univers bien plus riche à partager avec le groupe.
6. Inviter le silence
Chaque participant peut demander le silence à tout instant (on peut utiliser un petit gong, une clochette, une cuillère sur un verre) . La conversation s’arrête et laisse place à une minute de respiration en silence. Chacun·e trouvera ce qu’iel veut dans ce silence. Pour ma part, j’y trouve l’opportunité d’explorer mon espace intérieur à un niveau plus profond. Des mots nouveaux jaillissent, je peux visiter mes émotions, écouter mes besoins ou ceux que je ressens chez autres, et contacter ce que je sens vouloir émerger dans le groupe. Une fois cet espace silencieux de respiration terminé, la personne qui a invité le silence peut décider — ou pas — d’expliquer sa demande. La conversation peut ensuite reprendre. Souvent, je l’ai vue reprendre infusée par une nouvelle dimension, une nouvelle dynamique.
Bandeau : Miguel Á. Padriñán from Pexels
Partager
