Jean-François Noubel
Elections présidentielles : qui deviendra le prochain capitaine du Titanic ?
Intelligence collectiveHanumanJean-François Noubel5 min de lecture

Elections présidentielles : qui deviendra le prochain capitaine du Titanic ?

Elections présidentielles : qui deviendra le prochain capitaine du Titanic ?

Vous l’avez compris : tout, ou presque, se lit dans le titre.

Il semble que la plupart des gens ont une difficulté à faire la distinction entre le capitaine d’un navire, et le navire lui-même. Si le navire comporte des problèmes structurels dans sa conception, le capitaine ne changera pas grand chose, les problèmes structurels frapperont un jour ou l’autre. Le Titanic, par design, devait couler un jour, peu importe son capitaine. Par design également, seule une forme précise d’intelligence collective pouvait le piloter : l’intelligence collective pyramidale. En effet, tout le Titanic, dans son architecture et jusque dans ses moindres détails, a une conception faite pour obéir à un capitaine omnipotent et omniscient, avec une chaîne de commandement entraînée à répondre au doigt et à l’œil. La suite, on la connaît. Un scénario quasiment identique a eu lieu lorsque le Costa Concordia a heurté la côte italienne, en janvier 2012.

Titanic

Nos grandes organisations à intelligence collective pyramidale fonctionnent comme ces grands navires, peu importe qu’il s’agisse de gouvernements, d’administrations, de grandes entreprises, d’armées ou de religions. Peu importe le capitaine qu’on y met, élu ou auto-proclamé, nos grands vaisseaux collectifs ne s’avèrent structurellement plus du tout adaptés pour naviguer dans le monde présent. Ils n’offrent pratiquement aucune marge de manœuvre, par design encore, pour embrasser les questions sociales, pour surfer sur l’infinie complexité systémique de notre humanité, pour intégrer les enjeux économiques, écologiques et environnementaux, etc. Pour dire les choses plus précisément : de solution sociale innovante dans le passé, l’intelligence collective pyramidale devient aujourd’hui la cause systémique des maux que l’humanité rencontre. Cela ressemble peut-être à une opinion personnelle lancée façon comptoir du café des sports, et pourtant, en intelligence collective, on le prouve.

Le mousse au nord

Ainsi, de la même façon qu’un navire de type Titanic ou Costa Concordia “attire” un capitaine omnipotent, nos navires institutionnels attirent des chefs omnipotents. Dans le meilleur des cas, ils commettent un jour ou l’autre des erreurs qui peuvent s’avérer fatales pour tous. Dans le pire des cas — et malheureusement le plus courant– peu de dirigeants résistent à l’abus de pouvoir. La structure veut cela.

Ainsi fustige-t-on un Sarkozy, un Hollande ou un Macron, condamne-t-on un Kadhafi ou haït-on un George W. Bush ou un Trump. Ce faisant, n’oublie-ton pas que la nature même des vaisseaux institutionnels porte de tels hommes aux commandes ? La seule différence entre un capitaine et un autre se trouve dans leur façon de piloter… un paquebot. N’attendez d’eux aucun changement de paradigme ou d’infrastructure dans lesquels ils n’auraient plus ni leur place, ni leur raison d’être.

Avec les lunettes de l’intelligence collective, les élections présidentielles, peu importe le pays où elles ont lieu, m’apparaissent donc comme sans espoir.

Cependant tout ce qui meurt fertilise la vie qui vient après. La mauvaise nouvelle nous indique clairement que les leviers du changement ne se trouvent plus dans les urnes (en supposant que ça ait eu lieu dans le passé). La bonne nouvelle nous apprend qu’on peut voter tous les jours, à chaque heure et chaque seconde.

En effet, chaque fois que l’on achète ou n’achète pas quelque chose, on vote pour ou contre pour le système de valeur à l’origine de ladite chose. J’achète bio ou pas ? Je consomme de la viande ou pas ? J’investis dans ma santé et celle des autres ou pas ? Décidé-je de m’intéresser aux notes environnementales, sociales et de santé qui me sont maintenant rendues directement accessibles, en temps réel, autour des produits ? Des applications comme GoodGuide aux USA, ou Yuka en France, disponibles sur smartphones, en donnent de bons exemples.

Continuons sur cette approche… A tout moment, je puis développer mes capacités d’utilisateur des socialwares et communitiwares. Je peux même apprendre à designer et programmer. Je parle ici de ces logiciels en ligne qui permettent aujourd’hui à tout collectif, local ou global, petit ou grand, de s’auto-organiser, de s’auto-actualiser, sans passer par la case intelligence collective pyramidale. Gestion des projets, partage des idées, prises de décision, gestion des conflits, capitalisation des expériences, mémoire collective, espaces de dialogues, représentation de soi… autant de domaines que les socialwares couvrent aujourd’hui, via les médias sociaux ou d’autres outils en ligne, ouvrant tout grand la voie vers l’intelligence collective holomidale.

Et bientôt ? L’arrivée de la société post-argent, et des technologies de la richesse, bien sûr ! Ainsi les collectifs à intelligence collective holomidale deviendront capables de gérer leur économie de manière intégrale, sans avoir besoin de l’argent rare de l’intelligence collective pyramidale. Tout un programme, trop long à détailler ici. 😕

Notre citoyenneté peut exprimer sa pleine créativité dans ces directions. Quittons le Titanic, arrêtons d’essayer de convaincre les capitaines, construisons de nombreux petits vaisseaux mobiles et interopérables, et laissons les candidats actuels à leurs empoignades et promesses électorales. Le pouvoir, aujourd’hui, se trouve dans le code.

Article originellement publié en 2012, mis à jour en février 2020.

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