Jean-François Noubel
Partition musicale
Conscience et philosophieHanumanJean-François Noubel3 min de lecture

L’athéisme est-il la religion du matérialisme ?

J’ai récemment tweeté la phrase suivante : “L’athéisme est la religion du matérialisme“.

Je m’attendais à quelques réponses, notamment parce que les questions spirituelles ou religieuses en France suscitent des réactions souvent… vives. Cela n’a pas manqué 🙂

Selon wikipedia, “L’athéisme est une attitude ou une doctrine qui ne conçoit pas l’existence ou affirme l’inexistence de quelque dieu, divinité ou entité surnaturelle que ce soit, contrairement, par exemple, au déisme, au théisme et au panthéisme qui soutiennent ces existences, ou à l’agnosticisme qui considère qu’on ne peut répondre à ces questions.“

Donc cela mérite quelques clarifications.

Définir Dieu sans le réduire

En fait, cette question, je crois, touche surtout aux définitions que l’on se donne, et nous entrons, une fois de plus, dans un domaine plus que flou. Je ne puis donc que proposer mes définitions et mes contours, forcément contestables.

Je nomme “Dieu” tout ce qui a trait à un principe supérieur, universel, transcendant. Mais j’utilise aussi souvent “le divin”, “l’univers”, le “kosmos” (avec un “k”, comme les grecs, et comme l’a repris Wilber). Cela ne se réfère à aucune religion, car je n’appartiens et ne me revendique d’aucune. Il s’agit ici de bien distinguer spiritualité et religion, je m’inscris dans l’expérience spirituelle de ce kosmos transcendant et immanent.

“Faire l’expérience”, et non croire. Je ne “crois” pas en Dieu, j’en fais l’expérience ce qui s’avère différent. Expérience personnelle, intime, irréfutable. Elle ne constitue pas une preuve extérieure irréfutable… non, l’expérience s’inscrit dans un vécu intérieur, subjectif, présent à lui-même, exactement comme lorsqu’on écoute de la musique. Cette dernière provoquera une expérience extraordinaire chez certains. Elle les amènera dans des espaces de conscience uniques, les transformera à jamais. D’autres resteront froids. Ils pourront toujours chercher la “preuve” de l’émotion musicale dans la partition ou les mouvements d’archet, ils ne la trouveront pas.

La "musique de l'univers" et l'expérience du transcendant

La “musique” de l’univers relève du même ordre : elle illumine le cœur de certains, et en laisse d’autres de marbre. Une question d’expérience, non de croyance.

Jusqu’à présent, les athées que j’ai rencontrés ne ressentent pas la musique de l’univers, probablement à cause de leur histoire personnelle, ou de blessures diverses. Ils cherchent la fameuse preuve du divin, exactement comme si on voulait comprendre l’extase musicale en analysant les ondes, les mouvements d’archet, ou les variations rythmiques de la partition. Ils pourront chercher longtemps. Je vois les matérialistes tellement accrochés à cette croyance de la preuve qu’elle en devient une religion qui s’ignore elle-même. Cet athéisme impose ses propres principes, ses rites et ses croyances. Comme toute religion, il dispose de ses hiérarchies et de ses initiés…

D’où mon tweet…

Du bouddhisme aux réponses multiples

Certains m’ont rappelé que le bouddhisme relève d’une philosophie, non d’une religion… Pour rappel, la philosophie, dans son sens originel- philo-sophia, se réfère à l’amour de la sagesse. A ses origines, la philosophie se fondait sur l’expérience transcendante, et mettait à profit l’esprit, la pensée, la réflexion, la raison pour comprendre et amener sur le terrain social et sociétal, l’expérience de transcendance. Car la sagesse provient une expérience de transcendance. Aucun raisonnement ne pourra justifier les Droits de l’Homme, ni donner la preuve que les hommes sont égaux. Les Droits de l’Homme existent en tant que postulats, irréfutables, tout comme les axiomes en mathématiques. Seule l’inspiration a pu animer ceux qui ont énoncé les Droits de l’Homme… Inspiration… ce mot qui exprime l’expérience de la transcendance dans le langage ordinaire. La philosophie, à l’origine, n’a donc rien de matérialiste ni d’athée, ni de théiste. Pas plus que le bouddhisme. Le bouddhisme explore la transcendance de la conscience dans son expérience d’elle-même, compassionnelle, omnisciente et omniprésente, accessible à qui décide de faire les démarches nécessaires (méditation, pratiques de souffle, de visualisation, etc). Si on veut vraiment mettre le bouddhisme dans une case, alors celle de l’agnosticisme conviendra mieux. On y postule qu’on ne peut répondre intellectuellement au Grand Mystère, et que seule l’expérience directe compte. Le bouddhisme met l’accent sur les pratiques, et écarte tout ce qui relève du débat mental et intellectuel, qu’il juge stérile. Je m’y inscris complètement.

Merci donc à celles et ceux qui ont réagi à mon tweet, parfois de manière virulente.

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