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Agribashing
L’économie de marché finance-t-elle l’économie du don ?
Agribashing

Le dimanche 16 février 2020, France Inter diffusait une émission intitulée “Agribashing, l’incompréhension“.

En tant que personne investie dans la cause animale, j’ai écouté cette émission avec curiosité. Elle tentait de faire un tour d’horizon des points de vue, des éleveurs aux activistes antispécistes, en passant par certains de nos politiques. Malheureusement cette émission accumule un nombre d’erreurs et d’inepties. En opposant les agriculteurs d’un côté et les antispécistes/véganes de l’autre, elle s’enfonce dans un clivage simpliste qui ne s’encombre pas de nuances. Les journalistes diffusent une vision binaire et polarisante de la situation, ils versent de l’huile sur le feu. La réalité s’avère plus complexe et nuancée que ça.

Marche fermeture abattoirs
Crédit photo : L214

 

Agribashing, vous avez dit agribashing ?

Je sais l’indignation,  la souffrance, que beaucoup ressentent face à ce qu’on appelle désormais l’agribashing. Moi je n’ai jamais vu quelqu’un de plus sensible à la maltraitance animale qu’un éleveur, parce qu’il vit avec ses bêtes.ainsi s’exprimait Emmanuel Macron le 23 février 2019 au salon international de l’agriculture.

Que veut dire le mot “agribashing” ? Il désigne une campagne de dénigrement et d’attaques systématiques qui s’opérerait contre le monde agricole et les paysans. Un terme récent dont les médias, toujours friands de conflits, se font les amplificateurs. Nous verrons qu’ils ne font pas ça tout seuls.

En fait, la polémique concerne avant tout les horreurs de l’élevage intensif, et non les agriculteurs en général. L’écologie a depuis longtemps dénoncé l’agriculture intensive, on n’a pas pour autant parlé d’agribashing.

Les grands groupes agroalimentaires et un nombre important d’éleveurs pratiquent en effet l’élevage dans des conditions ignobles envers les animaux, avec les conséquences que l’on sait sur l’environnement et les futures générations. Poulaillers et porcheries dans lesquels s’entassent des dizaines de milliers d’êtres dans des conditions immondes, tortures par gavage des oies et canards, extraction du lait dans un productivisme épouvantable, abattoirs qui ne respectent pas la loi et commettent des atrocités, transport des animaux dans les pires conditions, “vétérinaires” au service de ces horreurs, la question s’étend à tout un système soutenu par l’État, les industriels de l’agroalimentaire et les institutions. Ceux qui condamnent ces pratiques ne sauraient se réduire à une bande d’antispécistes véganes radicalisés comme on veut bien nous le faire croire, et comme le dit la journaliste dans l’émission qui met dans le même sac antispécistes et véganes, et qui en fait tous des activistes. La réaction provient en fait d’une partie croissante de la société civile et même de nombreux petits éleveurs.

Le terme agribashing permet de déporter le conflit là où il n’a pas lieu d’exister. Il jette un flou sur le fond du problème et met en opposition les mauvais acteurs.

Qui donc a intérêt à mettre de l’huile sur le feu, à étendre le conflit pour mettre plus de monde de son côté ? A qui profite le fait de victimiser l’ensemble des agriculteurs, de semer la peur et discréditer ceux qui critiquent le système ? Qui a envie de rendre illégales les investigations faites sur le terrain ? Qui a envie de faire taire les lanceurs.euses d’alerte ? Les industriels, les acteurs l’élevage intensif, et bien sûr à leur digne représentant : la FNSEA — Fédération Nationale des Syndicats des Exploitants Agricoles.

Blanche-Neige agribashing
Crédit : Reporterre

La fabrique de l’ennemi se fait toujours suivant la même séquence :

  1. On stigmatise une minorité dans la société qu’on désigne comme responsable de la situation. Ici, les gros méchants antispécistes et véganes.
  2. On fait grossir le nombre de “victimes” et on amplifie les dégâts qu’ils ont soit disant causés

Ainsi j’entends quasiment toujours les mêmes poncifs dans les conversations lorsqu’on évoque le véganisme. Les gens me disent “Je n’ai rien contre les véganes, sauf ceux qui sont violents et qui s’attaquent aux boucheries et aux élevages. Chacun a le droit de manger comme il veut. Mais là, les véganes dépassent les bornes, il y a plein d’ayatollahs”. (Note : on peut considérer le mot “ayatollah” comme une version moderne du point Godwin).

Un point Godwin

La stratégie de la fabrique de l’ennemi a marché : les gens voient les agresseurs du côté des véganes et antispécistes, comme le dit notre petite journaliste du reportage de France Inter. Ils ne voient pas que l’agression vient des élevages intensifs, de la pollution, de la malbouffe industrielle, et de la souffrance causée à des êtres sentients. Qui se retournera contre eux et contre les générations futures.

La faculté de dissonance cognitive de l’Humain m’étonnera toujours.

Le site RT News France a réalisé un excellent article de fond sur l’intérêt politique et économique de l’agribashing, le magazine Reporterre a également brillamment analysé ce phénomène dans cet  article.

Mis à part quelques journalistes qui ont pris le temps d’analyser la situation de manière plus rigoureuse, le reste des médias tombe dans le piège habituel de la simplification à outrance. Comme les autres, l’émission de France Inter ne questionne pas le terme agribashing. A-t-il lieu d’exister ? Quelles catégories sociologiques le représentent ? Dénonce-t-il une situation réelle ? Qui peut éventuellement le nourrir ? A qui profite-t-il ? Rien de tout cela. Les journalistes l’utilisent à tout va comme un fait. A force de répéter ce narratif, on finit par en faire une prophétie autoréalisatrice, au détriment de toute rigueur sociologique.

Pourtant il ne faut pas oublier que dans la profession des éleveurs, il y a beaucoup de diversité. Tous ne pratiquent pas l’élevage intensif. Tous n’ont pas de grosses exploitations. Avez-vous par exemple entendu parler de “Poule House” ? Un nouvel acteur sur le marché qui s’engage à ce qu’on puisse avoir des œufs sans tuer la poule ni mettre les poussins mâles au broyeur.

Beaucoup d’éleveurs aiment leurs bêtes et ont le cœur déchiré quand elles partent à l’abattoir ou quand elles tombent malades. Beaucoup tentent d’en prendre soin, du moins dans le paradigme actuel du spécisme, tout comme certains maîtres “prenaient soin” de leurs esclaves à l’époque de l’esclavage, dans le paradigme du racisme. De plus, certains éleveurs font du bio et font de leur mieux pour réduire l’empreinte écologique. Vous l’avez compris, on ne fait pas dans la nuance en mettant tous les éleveurs dans le même panier.

Antispécisme, vous avez dit antispécisme ?

Que veut dire ce mot ? Pour le comprendre, il faut d’abord se concentrer sur le spécisme. Tout comme le racisme qui utilise des critères arbitraires pour légitimer la mise en esclavage d’une partie de la société humaine, le spécisme utilise des critères arbitraires pour déterminer les droits qu’une espèce a par rapport à une autre. Par exemple un cochon n’a aucun droit alors qu’un chien peut bénéficier de tous nos soins et affection. En France on a le droit de torturer publiquement un taureau, mais pas un chat.

Charlotte Arnal, fondatrice du projet Humanisma, l’évoque très bien dans sa vidéo d’introduction.

Les antispécistes, et par extension les abolitionnistes, s’opposent donc à toute domination, exploitation, torture, expérimentation, mise à mort infligées sur les animaux. Cela se fonde avant tout sur des arguments moraux.

Puisque nous n’avons nullement besoin de manger ou d’exploiter les animaux pour vivre, les tuer et les exploiter se rapporte donc à une notion de plaisir (gustatif, vestimentaire…) et de “tradition” (l’argument ultime) et non à un besoin. Le plaisir pour soi contre la vie des autres.

Les antispécistes et abolitionnistes, dans leur grande majorité, ne pratiquent pas l’agribashing. Comme dans le monde des agriculteurs et des éleveurs, il existe chez les antispécistes une grande diversité de postures et d’opinions. Dans ce que j’en observe, si la plupart d’entre eux se sentent meurtris devant le massacre infligé à 75 milliards d’êtres sensibles terrestres chaque année (et plus de mille milliards d’animaux marins), peu en “veulent” aux éleveurs, encore moins aux agriculteurs. Ils ont bien conscience — et j’en fais partie — que ces derniers dépendent d’un système qu’il faut revoir dans son ensemble. Les éleveurs comme les agriculteurs pratiquent un métier difficile. En état de précarité permanente, ils vivent sous perfusion des subvention. Ils vivent enfermés dans un paradigme économique, culturel, idéologique et sémantique. Rien ne les encourage à faire évoluer leurs pratiques, car changer coûte cher, très cher.

La colère des antispécistes se dirige donc plus vers les industriels, les lobbies et l’État, tous en collusion. La FNSEA, tout comme le lobby de la chasse, ne recule devant rien pour défendre ses intérêts. La cellule Demeter, constitue son bras répressif soutenu par l’Etat.

Comment dénoncer et mettre fin à cette triste situation ? En allant sur le terrain, ce que font des ONG telles que L214 et bien d’autres depuis de nombreuses années, avec un succès évident. Il faut filmer, il faut expliquer, il faut montrer les pratiques et dénoncer ceux qui commentent ces crimes institutionnalisés.

On peut ainsi lire dans l’article de Wikipedia sur la cellule Demeter :

Le 17 juillet 2020, douze associations et le syndicat agricole la Confédération paysanne, dans une lettre ouverte adressée à Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, « dénoncent les modes d’action de la cellule Déméter », invoquant une « rupture d’égalité », des « dérapages inquiétants » et « des méthodes d’intimidation », et « réclament sa dissolution « dans les meilleurs délais ».

Le 31 juillet 2020, L214, soutenue par la Ligue des droits de l’Homme, dépose une requête en référé liberté au tribunal administratif de Paris contre la cellule Demeter, et demande la résiliation d’une convention de partenariat signée en décembre de la même année entre le ministère de l’Intérieur, la gendarmerie, la FNSEA et les Jeunes agriculteurs. L’association, qui remet en cause la neutralité de cette cellule à qui elle reproche ses liens avec des syndicats agricoles qu’elle considère comme « hostiles à toute remise en question du modèle agricole conventionnel », dénonce « une entreprise d’« intimidation » à l’encontre des militants dénonçant l’élevage industriel » qui se manifeste par le « déploiement croissant et quotidien de cette cellule et de cette convention » et « l’impact qu’elles ne cessent d’avoir sur les libertés fondamentales de l’association L214 (convocations de ses membres de plus en plus régulières, intimidations, dissuasion d’exercer les libertés publiques…) et de l’ensemble des associations et citoyens désireux de faire la transparence sur les pratiques d’élevage et d’abattage »

Et redisons-le : rejeter l’élevage intensif n’implique pas d’avoir une position antispéciste ou végane. La plupart des gens que je connais qui mangent de la viande s’indignent des pratiques de l’élevage et veulent que cela change. Beaucoup ont diminué leur consommation de produits carnés et cherchent à se fournir auprès d’éleveurs plus responsables. Même s’ils restent dans une dissonance cognitive en croyant qu’on peut faire vivre une planète carniste rien qu’avec des petites exploitations extensives “respectueuses” des animaux, ils font déjà un pas en avant en soutenant les actions des ONG. Font-ils pour autant de l’agribashing ? Bien sûr que non.

Pourtant, dans cette emblématique émission de France Inter que j’évoquais au début de cet article, la journaliste qui interviewe un éleveur suggère la réponse dans ses questions en nommant “les antispécistes et les véganes” comme ceux qui pratiquent l’agribashing. Un niveau d’amateurisme affligeant. On se trouve au même niveau de subtilité que lorsque certains désignent les immigrés comme cause de la délinquance.

Terminons sur cette enquête faite par L214 sur les produits “éthiques” de la marque Herta. Agribashing, encore ?

 

 

jf

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